Jeudi 12 novembre 2009
Le blues du riverain
Souffrance dans l’indifférence généraleLes riverains ont le blues. Cette assertion est portée comme vérité et toute déclaration ultérieure doit être prise comme élément supplémentaire à charge pour la conforter.
S’il est une actualité qui fait débat, c’est bien la maltraitance. Si la maltraitance des riverains n’occupe pas encore l’espace médiatique, la brutalité des véhicules incontrôlés à laquelle ils sont confrontés nuit et jour les mine. Les appels de détresse lancés aux administrations responsables restent sans véritable réponse, venant ajouter à leur désarroi psychologique. A chaque démarche, ce constat amer, terrifiant : la légitimité et les pouvoirs ne coïncident plus.
Le mille-feuille territorial, il y a bien longtemps que les riverains l’ont croqué en se cassant les dents : accumulation d’échelons administratifs, du maire à l’Etat, les couches intermédiaires ne s’empilant pas, mais se défaussant plutôt les unes sur les autres. Quant à nos parlementaires, ils ont été bien trop occupés, ces derniers temps, par la polémique des plaques d’immatriculation, pour se soucier de la souffrance des riverains. Notre démocratie aurait-elle atteint un degré de déréliction et de superficialité tel qu’elle en viendrait à renoncer à ses propres exigences ?
Les riverains maltraités entendent, de façon récurrente, les élus locaux clamer une compétence liée à une parfaite connaissance de leur territoire. Quel est l'instrument utilisé pour mesurer les affres des parents redoutant le retour de leurs enfants sur des routes étroites sans trottoir en agglomération ? Savent-il que le riverain n’a pas droit à l’erreur, quand il veut démarrer, sans perception du véhicule trop rapide qui arrive droit sur lui, suite à une absence d’aménagement ou de signalisation. Savent-ils le danger des accotements herbeux glissants en agglomération quand ils doivent esquiver un véhicule roulant à trop vive allure au milieu de la chaussée ? Savent-ils le danger des camions n’ayant pas le temps de freiner en agglomération ?
source: http://www.benoitpare.com/
Quant à l’argument de la proximité mis en avant par les élus communaux, il est le contre-exemple qui tue en matière de sécurité routière. On connaît en Loir et Cher certaine commune dévoyant les panneaux de signalisation, incitant à aller encore plus vite, résurgence d’une société de consommation incapable de se convertir en société de considération.
Pour Napoléon, le bonheur des Français date de l’instauration d’une administration départementale. Les riverains aimeraient bien eux aussi, sans forcément goûter au bonheur, connaître une quiétude bien légitime chez eux, au vu des taxes acquittées, alors que bruit et danger de la route les contraignent souvent à ne pas occuper une partie de leur résidence.
Les axiomes frelatés de la modernité et de l’économie pour justifier l’incurie des déplacements ne font plus illusion. La hausse des taxes locales pour encore moins de sécurité est d’une arrogance insoutenable. Le blues du riverain c’est ce constat d’abandon, d’inertie, de pourrissement, poussant les plus déterminés à entrer dans l’illégalité, bricolant de faux radars, au risque de payer une amende.
La récession vient de nous démontrer la vulnérabilité du « moi je » et le danger des attitudes individualistes. Les riverains, eux, vivent déjà sur le principe de l’agglomérat et du réseau, des combinaisons de vie qui se « pluggent » les unes aux autres comme dans un jeu de construction. Ils ont envie de recréer du lien et du partage et prêts à pardonner aux chauffeurs brutaux égoïstes qui mettent leur vie en péril. Pour cela, nos gouvernants sont-ils prêts à ne plus accumuler les petits renoncements en matière de sécurité routière, à définir de nouveaux modèles et non plus persévérer dans leur vision archaïque de domination de la voiture, contresens total de la réalité.
Témoigner un peu de compassion aux riverains ce serait une traversée de la totalité des agglomérations en zone 30. L’interdiction des camions dans des rues étroites et sans trottoir, ce serait presque une assurance-vie .